La question se pose à quiconque compare les offres, et elle est légitime : « Je cherche un cadre titane sur mesure. J'en trouve, fabriqués en Asie, nettement moins chers, et eux aussi sont annoncés sur mesure. Qu'est-ce qui justifie la différence ? »
La réponse n'est pas dans la matière : nos propres tubes viennent d'Asie depuis seize ans. La différence se trouve dans ce que recouvrent les mots « sur mesure », et il en existe deux définitions.
Première définition : un cadre à vos mesures
C'est la plus répandue. Vous remplissez un formulaire (taille, entrejambe, longueur de buste, de bras), un calcul en déduit une géométrie, et le cadre est fabriqué à ces cotes. C'est un réel progrès par rapport à un cadre choisi parmi cinq tailles. C'est d'ailleurs proche de ce que nous proposions sous le nom de « standard+ » : toutes les combinaisons de hauteur de douille et de longueur, de centimètre en centimètre, sans bagues empilées ni potence retournée.
Mais ce n'est pas ce que nous appelons le sur-mesure. Un calcul, aussi sérieux soit-il, ne connaît ni vos blessures, ni votre souplesse, ni ce que vous ressentez sur votre vélo actuel. Sauf coup de chance, il n'aboutit pas à la meilleure position possible, mais à une position plausible. Entre une position bonne et une position excellente, il y a parfois cinq millimètres, et un formulaire ne les trouve pas.
Deuxième définition : une position trouvée, puis un cadre construit autour
Chez nous, le sur-mesure commence par l'étude posturale. Elle prend en moyenne quatre à six semaines, jamais moins de deux, et n'a pas de limite haute. Elle se déroule à distance, sur votre vélo et dans votre environnement, par essais successifs que nous guidons.
Son objectif est de trouver quatre valeurs : la hauteur de selle, le recul de selle, l'allonge et la bascule. On ne peut pas en modifier une sans toucher aux autres ; c'est la combinaison de ces quatre valeurs que nous cherchons. Vos mesures morphologiques servent à réduire la zone de recherche, ce qui est déjà beaucoup. Mais l'essentiel vient ensuite : votre position actuelle relevée au millimètre, vos photos en tenue, et ce que vous ressentez, des pieds aux mains. Nous proposons alors un changement, vous roulez, et nous vérifions ensemble que la direction est la bonne.
Ce que nous constatons le plus souvent : un manque de bascule, parce que le cycliste se redresse pour soulager sa nuque et augmente en réalité la pression sur la selle ; et une allonge trop grande, avec des bras tendus qui ne portent plus rien, ce que les lombaires compensent. Nous avons détaillé ces deux points dans un article sur la bascule. Aucun des deux ne se lit sur un formulaire.
Ensuite seulement, les tubes
Une fois la position validée, nous dessinons le cadre. C'est là que le sur-mesure prend son second sens, que le formulaire ne couvre pas : le choix des tubes. Nous disposons de diamètres de 42, 38, 35, 32, 22, 19 et 17 mm, d'épaisseurs de 0,9 à 1,3 mm, et de tubes ovalisés, cintrés, tassés ou aplatis selon le besoin. Ce choix ne dépend pas de vos mesures. Il dépend de votre gabarit, de votre puissance, de votre style de pédalage et de ce que vous attendez du vélo : nerveux, tolérant, sûr en descente, adapté à la montagne.
Un cadre fabriqué à vos cotes avec un jeu de tubes identique pour tous est un cadre standard à la bonne taille. Un cycliste de 60 kg et un cycliste de 90 kg n'ont pas de raison de rouler sur les mêmes tubes, même avec la même longueur d'entrejambe. Le poids du cadre, lui, est une conséquence de ces choix et non un objectif (nous y revenons régulièrement).
Le cadre importé, dans ce contexte
Précisons d'abord que l'origine des tubes n'est pas un critère : il n'existe plus, en Europe comme aux États-Unis, une seule usine qui étire à froid des tubes de titane sans soudure aux dimensions d'un cadre de vélo, et les nôtres viennent d'Asie comme les autres (nous l'expliquons dans nos questions-réponses).
Si vous connaissez déjà votre position, validée sur plusieurs années, et que le cadre importé la reproduit sans artifice, il vous conviendra. Ce que vous n'aurez pas, c'est le travail pour trouver cette position si elle n'est pas encore établie, des tubes choisis pour vous plutôt que pour la moyenne des acheteurs, et un atelier en Savoie capable, le jour où un tube fissure, de le remplacer par un des siens.
Ce que vous payez chez nous : un cadre route à partir de 2 720 €, gravel 2 970 €, VTT 2 870 €, étude posturale comprise, puis trois à quatre mois de fabrication une fois la géométrie validée (le détail est ici). Ce prix ne rémunère pas la matière : il rémunère le temps passé sur votre position avant de couper le premier tube.
Le sur-mesure, ce n'est donc pas un cadre à vos mesures. C'est une position trouvée, puis un cadre construit autour d'elle.
Notre façon de faire est décrite en détail sur la page Le sur mesure. Pour en discuter, le sujet est ouvert sur artisansducycle.fr.