« Titane ou carbone ? » est souvent la première question que se pose un cycliste qui envisage un cadre sur mesure, avant la taille, la pratique ou la position. Les comparatifs disponibles attribuent à chaque matière une note de confort, de rigidité, de poids et de prix. C'est lisible, mais cela ne correspond pas à ce que nous observons à l'atelier.
Nous préférons présenter les choses dans l'autre sens : d'abord ce que la matière ne change pas, ensuite ce qu'elle change réellement, et enfin pourquoi nous avons choisi le titane.
Ce que la matière ne change pas
Le confort. Il vient de la position, c'est-à-dire de la répartition de votre poids entre la selle, le cintre et les pédales. Un cycliste mal placé aura mal sur du titane, sur de l'acier et sur du carbone, et attribuera souvent cette douleur à la matière. Nous avons développé ce point dans un article sur la bascule.
La rigidité. Un cadre carbone peut être plus souple qu'un acier, un acier plus rigide qu'un aluminium, un titane plus lourd qu'un carbone. Tout dépend des diamètres et des épaisseurs de tubes choisis par le fabricant. Ces choix font varier le comportement d'un cadre bien plus qu'un changement de matière : un tube oblique de 42 mm et un tube de 32 mm, dans le même alliage, ne donnent pas le même vélo.
Le poids, pour l'essentiel. Nos cadres pèsent entre 1,2 et 1,6 kg. Il serait possible de descendre sous le kilo, en titane comme en carbone. Nous ne le faisons pas, parce que le poids est la conséquence du comportement recherché et non un objectif en soi. Quelques centaines de grammes sur un cadre ne se ressentent pas au pédalage ; c'est sur les éléments en rotation que le poids compte. Nous l'avons détaillé ici.
Ce que la matière change réellement
La façon dont elle supporte d'être sollicitée. C'est le point central. Chez GRADE9, nous cherchons le dynamisme du cadre : un cadre qui accompagne le coup de pédale doit pouvoir se déformer, puis revenir à sa forme. Ce comportement suppose d'accepter que le cadre bouge. Tant que cette déformation reste dans la zone élastique de la matière, elle ne laisse pas de trace ; c'est l'ordre des choses pour un cadre correctement dimensionné. Le titane, dont la résistance à la fatigue est près de dix fois supérieure à celle de l'aluminium, s'y prête mieux que les autres matières. Il n'est pas incassable pour autant : un cadre titane, de quelque marque que ce soit, peut casser, et la durée de vie n'est pas un critère d'achat que nous mettons en avant. Ce que nous mettons en avant, c'est la marge que la matière nous laisse pour faire vivre le cadre.
La liberté de dimensionnement. C'est la conséquence directe du point précédent, et ce qui nous intéresse comme cadreur. Quand une matière supporte mal la déformation répétée, le fabricant doit la protéger : il rigidifie, ajoute de la section, fige le comportement pour que le cadre dure au moins le temps de sa garantie. La course au poids accentue le phénomène : moins de matière, donc plus de rigidité pour compenser. C'est pourquoi les cadres carbone les plus légers sont aussi les plus rigides de leur catégorie. Avec le titane, nous pouvons choisir le comportement, y compris souple, y compris pour un cycliste puissant, avec une marge de sécurité que d'autres matières ne nous laisseraient pas.
La réparation. Un tube de titane fissuré se remplace. Un tube d'acier aussi, chez un cadreur compétent. Un cadre carbone se répare rarement dans de bonnes conditions.
Le prix. Un cadre titane sur mesure coûte plus cher qu'un cadre carbone de série, mais la comparaison porte sur deux objets différents : d'un côté un moule et un choix statistique fait pour la moyenne des acheteurs ; de l'autre un cadre dont vous décidez, avec nous, la forme et le comportement. La vraie comparaison n'est pas titane contre carbone, c'est série contre sur-mesure.
Et l'acier ?
Un cadre acier réalisé par un artisan compétent est un très bon cadre : réparable, vivant, durable s'il est entretenu. Nous ne le disons pas par courtoisie. La différence avec le titane se joue sur l'entretien et sur la marge de dimensionnement décrite plus haut, pas sur la qualité du résultat.
Pourquoi le titane, chez nous
Parce qu'il supporte mieux que les autres matières d'être sollicité, et parce que cette marge nous laisse une liberté de conception que nous n'aurions pas ailleurs. Le titane est notre point de départ, pas notre argument. Ce n'est pas la matière qui rendra votre cadre confortable ou nerveux : c'est son dimensionnement, le fait qu'il vous corresponde, et son assemblage. Une matière n'a pas de comportement propre ; c'est le cadreur qui lui en donne un, pour un cycliste donné.
Titane ou carbone, donc ? Commencez par votre position. Puis le comportement que vous attendez. La matière vient en troisième, et à ce stade, oui, nous vous conseillerons le titane. Mais vous saurez pourquoi.
Ces points sont repris un à un dans nos questions-réponses. Pour en discuter, le sujet est ouvert sur artisansducycle.fr.